Pourquoi je ne demande jamais d'aide à personne

Six sacs de courses dans les mains, les doigts blancs, l'ascenseur en panne. Quelqu'un propose de prendre un sac, tu dis non non, ça va.

Ce n'est pas de la fierté. Le calcul est déjà fait avant qu'on ait fini de proposer : le temps d'expliquer, le dérangement, la tête que la personne fera. Plus simple de le faire soi-même. Et il y a l'autre chose, celle que tu sais sans te la dire : demander, c'est accepter qu'on puisse dire non. Alors tu ne demandes pas. Tu portes les six sacs, tu fais le déménagement sans personne, tu passes la nuit sur le dossier.

Et ça marche. C'est ça qui m'embête un peu : tu y arrives presque toujours.

Ce que ça prend est silencieux. Autour de toi, les gens finissent par croire qu'il ne te manque rien, et ils arrêtent de proposer. Tu te retrouves avec les sacs, et quelque part tu notes que personne n'est venu.

Si tu demandes, tu dois accepter qu'on puisse dire non. Alors tu ne demandes pas.

Je me demandais…

Tu laisserais qui t'aider, ce soir, si un non ne voulait rien dire sur toi ?