Pourquoi je réponds 'ça va' même quand ça ne va pas
Le schéma, en cinq temps
Quelqu'un demande 'ça va ?' en passant, dans le couloir, à la machine à café, au téléphone. Le mot sort avant que tu aies eu le temps de vérifier si c'est vrai.
Le mot sort tout seul
Il est 9h14, un collègue passe devant ton bureau et lance 'ça va ?' sans vraiment s'arrêter. Tu réponds 'ça va, et toi' avant même d'avoir levé les yeux de l'écran. La phrase est sortie plus vite que la question n'était finie.
Le ton est plat, rapide, presque une formule qu'on referme comme une porte. Ce n'est pas un mensonge exactement, c'est un réflexe, le même geste qu'on fait pour attraper ses clés en sortant.
Le soir, au téléphone, ta mère demande la même chose et le même mot revient, avec la même vitesse. Tu n'as pas eu le temps de te demander si c'était vrai, la bouche avait déjà répondu.
Ce que ça évite
Dire 'ça va' évite la pause qui suivrait si tu disais autre chose. Ça évite d'avoir à expliquer, dans un couloir, entre deux portes, ce qui ne va pas exactement.
Ça évite aussi de voir le visage de l'autre changer, de devoir gérer sa réaction en plus de la tienne. Un vrai non demanderait du temps que ni l'un ni l'autre n'a, là, debout, entre deux réunions.
Et ça évite surtout de devenir, pour cinq minutes, le sujet de la conversation. 'Ça va' te laisse invisible, ce qui est parfois exactement ce que tu cherches à cet instant précis.
Ce que je ne vais pas te dire
Je ne vais pas te dire de répondre honnêtement la prochaine fois, ou de dire ce que tu ressens vraiment. Ce genre de conseil suppose que le problème est le mot, alors que le mot n'est que la sortie d'un mécanisme bien plus rapide que lui.
Ce qui bouge, ce n'est pas la phrase que tu choisis de dire. C'est ce demi-seconde avant, celui où la bouche a déjà décidé alors que le reste de toi n'a pas encore eu le temps de vérifier si c'était vrai.