Pourquoi je justifie chaque décision que je prends, même les petites
Le schéma, en cinq temps
Tu prends un thé au lieu d'un café et tu ajoutes tout de suite : parce que j'ai déjà bu deux cafés. Personne n'a rien demandé.
Le mot qui arrive avant qu'on te le demande
Tu dis que tu pars à 17h30 et tu ajoutes parce que j'ai un truc ce soir. Tu choisis le film et tu précises parce que l'autre me fait peur. Le parce que sort tout seul, collé à la phrase, avant même qu'un visage en face ait eu le temps de froncer un sourcil.
Ce n'est pas qu'on te demande des comptes. C'est que tu les tiens prêts, d'avance, comme un papier qu'on garde dans la poche au cas où on te l'exigerait à la porte. La décision et sa justification arrivent dans le même souffle, tu ne sais même plus dire l'une sans l'autre.
Ce que ça évite
Il y a eu un temps, quelqu'un, une table, où choisir sans expliquer coûtait cher : un silence qui durait, une question posée sur un ton qui n'était pas vraiment une question, un pourquoi tu as fait ça qui sonnait comme un reproche déguisé. Tu as appris que la décision seule ne suffisait pas, qu'il fallait l'habiller pour qu'elle passe.
Alors maintenant, même quand personne ne fronce rien, tu habilles quand même. Tu justifies un café, une heure de départ, un non poli à une invitation. Le parce que n'est plus une réponse à une question posée, c'est une réponse à une question que tu as arrêté d'attendre, parce que tu la poses toi-même avant que l'air ait eu le temps de se refroidir.
Ce que je ne vais pas te dire
Je ne vais pas te dire d'arrêter de te justifier, ni de t'entraîner à répondre juste par oui ou par non, ça deviendrait un exercice de plus à réussir, une nouvelle façon de te surveiller.
Je vais juste nommer la seconde qui précède le parce que, celle où tu as déjà choisi et où quelque chose en toi se prépare quand même à plaider. C'est cette seconde-là qui compte, pas la phrase qui suit.
La reconnaître ne change rien tout de suite. Mais c'est plus solide qu'une résolution : un jour tu la sentiras venir, cette seconde, et tu sauras ce qu'elle est, avant même d'avoir ouvert la bouche.