Pourquoi je laisse un message sans réponse alors que je l'ai déjà lu

Le schéma, en cinq temps

DéclencheurUn message arrive, je le lis debout, entre deux portes ou devant la bouilloire qui chauffe
InterprétationJe répondrai après manger
ÉmotionLe message devient un peu plus lourd à chaque heure qui passe, en haut de la liste
RéactionJe repose le téléphone à l'envers, je fais la vaisselle, je regarde autre chose
ConséquenceLe message reste là, toujours non répondu à 23h, et rien n'est parti

L'écran s'allume dans le noir de la cuisine. Je lis les trois premières lignes, debout, la bouilloire qui commence à chauffer. Je me dis : je répondrai après manger.

Le message que j'ai déjà lu

Sur l'écran de verrouillage, je vois le nom, je vois les premiers mots. Je fais glisser mon pouce, je lis la suite, et je referme l'application avant d'avoir tapé une seule lettre. La petite pastille disparaît. Le message passe du côté lu. Mais rien dans ma main n'a bougé, aucun mot n'est parti.

C'est souvent le même genre de message. Ta mère qui demande si tout va bien. Un collègue qui pose une question à laquelle il faudrait répondre en plus de deux mots. Quelqu'un qui écrit quelque chose de gentil et qui attend, sans le dire, que je réponde quelque chose d'aussi gentil. Je le lis debout, dans le couloir, entre deux portes, et je continue de marcher.

Ce que je fais à la place

Je repose le téléphone à l'envers sur la table. Je fais la vaisselle qui traînait depuis le matin. Je regarde autre chose, n'importe quoi, une vidéo de quelqu'un qui répare un meuble. Il est 22h15, puis 23h, et le message est toujours là, en haut de la liste, un peu plus lourd qu'avant.

Dans ma tête, je compose une réponse. Je la refais deux ou trois fois. Elle devient trop longue, trop réfléchie pour être envoyée comme ça, un mardi soir, sans y avoir vraiment pensé. Alors je ne l'envoie pas du tout, et le lendemain matin, répondre à un message de la veille demande encore un peu plus que répondre à un message du jour.

Ce que je ne vais pas te dire

Je ne vais pas te dire de répondre tout de suite, de mettre une alarme, de te forcer à écrire deux lignes avant de te coucher. Ce genre de conseil suppose que le problème, c'est le retard. Ce n'est peut-être pas ça.

La chose plus solide, c'est peut-être juste ça : remarquer le moment précis où je lis, debout dans la cuisine ou dans le couloir, et où je décide, sans le dire à voix haute, que ce n'est pas maintenant. Pas le fixer. Juste le voir passer.