Pourquoi j'ouvre le frigo alors que je n'ai pas faim
Le schéma, en cinq temps
Il est presque minuit et je suis debout devant le frigo ouvert. Je regarde les étagères sans vraiment les voir, et je referme la porte sans avoir rien pris.
Je n'ai pas faim, je le sais très bien
Mon ventre n'a rien demandé. J'ai mangé il y a deux heures, les assiettes sont dans l'évier, et pourtant je me lève du canapé et je marche jusqu'à la cuisine comme si quelque chose m'attendait là-bas. La lumière s'allume, l'air froid touche mon visage, et je reste là, la main sur la porte, à lire les étagères comme une page : le reste de fromage, le pot de yaourt entamé, la bouteille de lait à moitié pleine.
Parfois je prends un morceau de quelque chose, pas parce que j'ai faim mais parce que ma main a besoin d'un geste à faire. Le plus souvent je referme la porte sans rien attraper. Je retourne m'asseoir, et deux minutes plus tard je me demande pourquoi j'y suis allé.
Ce que la lumière du frigo interrompt
Avant de me lever, j'étais sur le canapé, le téléphone allumé, à faire défiler des choses que j'oublierai dans dix minutes, ou à repasser dans ma tête une phrase que quelqu'un m'a dite plus tôt. Me lever pour aller vers le frigo, c'est changer de pièce sans avoir décidé de rien changer d'autre. Ce n'est pas une pause que je me suis accordée, c'est une pause qui s'est imposée à la place d'une décision que je n'ai pas envie de prendre.
Devant les étagères ouvertes, pendant trois secondes, personne ne m'attend, aucun message ne réclame de réponse, aucune pensée ne demande à être finie. Il y a juste du lait, du fromage, un pot de moutarde. C'est peut-être ça que je cherche : un endroit où rien ne me demande rien.
Ce que je ne vais pas te dire
Je ne vais pas te dire de boire un verre d'eau à la place, ni de te demander si tu as vraiment faim avant d'ouvrir la porte, ni de ranger les aliments tentants au fond du frigo pour te décourager. Ce ne sont pas des mauvais conseils, mais ils parlent du contenu des étagères, pas de ce qui m'a fait me lever.
La chose plus petite et plus solide, c'est de remarquer le moment où je suis déjà debout devant la porte ouverte, la main sur la poignée, sans savoir ce que je cherche. Pas pour la fermer plus vite. Juste pour voir que je suis là.