Pourquoi je me compare aux autres avant de dormir

Il est tard, la lumière de l'écran sur le plafond. Tu t'étais dit « une dernière photo », et te voilà devant la cuisine neuve de quelqu'un que tu connais à peine.

Tu t'arrêtes sur le mariage, la promotion, le bébé qui rit, la randonnée au lever du soleil. Et quelque chose se serre, doucement, au niveau de la poitrine. Tu additionnes sans le vouloir : leur appartement, ton loyer, leur couple, ta soirée sur le canapé.

Ça pique, et je ne trouve pas ça ridicule du tout.

Ce que tu regardes, c'est une seule image, choisie par eux, un jour de beau temps. Ce que tu poses à côté, c'est toi à 23h, avec ta journée entière dedans : les mails, la vaisselle, le doute du milieu d'après-midi. Ce ne sont pas deux choses qu'on peut mesurer ensemble.

Ce que ça coûte, c'est que tu t'endors avec l'impression d'être en retard sur une course que personne n'a jamais annoncée. Et les petites choses bien de ta journée n'entrent même pas dans le calcul.

Tu mets leur plus belle photo à côté de ta journée entière.

Je me demandais…

Tu penserais quoi de ta journée, ce soir, si personne d'autre n'avait raconté la sienne ?