Pourquoi j'écris des messages que je n'envoie pas

Il est tard, tu tapes un long message, et ton pouce reste au-dessus du bouton. Puis tu effaces tout, ou tu le laisses dans les brouillons.

Tu écris enfin la vraie phrase, celle que tu n'as pas dite en face. « Ça m'a fait mal, ce que tu as dit dimanche. » Elle sort d'un coup, sans que tu l'arranges. Et juste avant d'envoyer, tu entends déjà la réponse : le silence, ou le « tu exagères », ou le « on en parle plus tard ». Alors ton pouce efface, lettre après lettre. Ou le message dort avec les autres. Ça me serre un peu, ces phrases écrites jusqu'au bout pour personne.

Ce message, c'est ce que tu penses vraiment, et l'écrire te soulage une minute. Mais de l'autre côté, la personne continue sa soirée sans rien savoir. Et c'est toi qui portes seul ce que vous deviez porter à deux, rangé dans ton téléphone, à portée de pouce.

La vraie phrase existe déjà, elle dort dans tes brouillons.

Je me demandais…

Ça te ferait quoi, qu'on te croie tout de suite, sans que tu aies à te justifier ?